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Page 6 sur 17 Dak Art 2010Discours prononcé par Gérard Sénac, Président du Comité d’Orientation de Dak’Art 2010, le 7 mai lors du lancement de la Biennale Dak'Art 2010 en présence du Président de la République Monsieur le Président de la République, Mesdames, Messieurs, C’est un très grand honneur et un très grand bonheur pour moi de me retrouver ici encore, en semblable circonstance, deux années après Dak'art 2008, pour, une fois encore, vous dire et dire à la face du monde, que « 20 ans après », la Biennale de Dakar est toujours fidèle à son rendez-vous qui rythme la marche de la création visuelle sur tout notre continent.
Et ainsi que je le disais il y a deux ans déjà, tel le Phénix renaissant de ses cendres, la Biennale de Dakar que l’on dit tous les deux ans moribonde, sinon définitivement morte, s’obstine à remuer encore et quelles que soient les critiques que l’on peut formuler à son encontre, les légitimes et les autres, Dak’Art a réussi à se positionner et se maintenir vaille que vaille depuis deux décennies, comme l’événement incontournable des Arts visuels en Afrique.
Cette pérennité, elle la doit avant tout aux hommes et aux femmes qui à tous les niveaux –administratifs, artistiques et financiers - font que notre Biennale a été et persiste à être le grand rendez-vous de nos créateurs et de leurs créations.
Je ne saurais omettre de leur rendre ici un vibrant hommage, non sans oublier ceux qui ne sont hélas plus des nôtres et qui nous manquent beaucoup.
Si Dak’Art 2008 avait décidé de s’interroger au reflet de son miroir pour analyser et essayer de comprendre les projections réelles ou fantasmées que véhicule l’Afrique contemporaine, tout particulièrement dans sa création artistique, Dak’Art 2010 est plus radicale dans son thème général de réflexion Rétrospective et Perspective !
Célébrer les 20 ans de la Biennale, l’année des 50 ans du Sénégal indépendant, n’est pas anodin et au delà des satisfactions et congratulations d’usage, nous devons inlassablement nous poser la question du philosophe : "d’où venons-nous, qui sommes-nous et surtout où allons-nous ! ".
La partie rétrospective de notre intervention au long de cette Biennale est relativement aisée, il est toujours facile de dresser un tableau de ce qui a été fait et la magistrale exposition de tous les précédents lauréats du Grand Prix Léopold Sédar Senghor de la Biennale est là pour en constituer la pierre angulaire.
Le temps qui passe efface les aspérités, les difficultés et tend à donner une image lisse et fraiche de ce qui a parfois été un rude combat contre les conformismes, une lutte contre les conservatismes et une bataille contre les automatismes, ennemis de l’extérieurs, mais plus dangereux encore, parce que ne jouant jamais à visage découvert, ennemis de l’intérieur.
Notre Biennale compte beaucoup d’adversaires, les acharnés, qui sont au moins les plus loyaux et puis tous ceux qui, insidieusement, opposent leur force d’inertie à un projet dont ils ne se sentent pas porteurs.
Mais qu’en est-il de la Perspective ?
Au plan artistique, les commissaires de la présente édition, tous africains, pour la première fois, ont fait l’audacieux pari d’une exposition totalement « inédite » avec une sélection d’artistes de tout notre continent qui n’ont jamais été vus à la Biennale.
Je gage que nous ne serons pas déçus !
Mais qu’en est-il, au delà des apparences ?
Il y a deux ans, encore, poursuivant ce qui finit par devenir une antienne, j’avais exprimé l’urgente nécessité de prendre le temps d’une étape de réflexion sur cette Biennale, son sort et son statut, son format et son financement.
Depuis lors, des études ont été faites, avec l’aide de nos partenaires internationaux parfois, des rapports ont été déposés, discutés, mais il n’en est rien ressorti de concret.
De même, j’avais dans mon discours rappelé, après tant d’autres de mes prédécesseurs, qu’une modification de la fiscalité des entreprises en faveur du mécénat contribuerait de manière significative à un financement de l’activité artistique dans notre pays.
Un projet de loi a été élaboré ; peut-être un espoir avec la prochaine loi de finance !
Au seuil de la deuxième moitié de son centenaire, au seuil de la troisième décennie de cette Biennale, il ne faut plus se poser la question de savoir si oui ou non elle doit demeurer le phare de notre continent dans le domaine des arts visuels.
La nature ayant horreur du vide, si nous ne nous empressons pas de le combler par une structure pérenne et saine qui soit à l’abri des aléas du temps et des préoccupations de l’heure, nous perdrons cette suprématie que bien d’autres nous envient et que bien d’autres sont prêts à reprendre pour leur propre compte.
L’Art cette chose si impalpable et fugace, mais qui souvent est la seule trace qui subsiste des civilisations passées, est le fondement même de notre marche dans le temps et dans l’espace. Il n’est pas seulement amusement pour esthètes désœuvrés, ni exutoire pour nouveaux riches, il est le reflet de notre civilisation en marche, le témoin de nos avancées, de nos espérances et de nos désillusions, parfois et les thématiques choisies dans les expositions que nous sommes impatients de découvrir, reflètent et démultiplient les préoccupations de l’Homme en face de la vie et de ses insondables mystères.
C’est sur une note grave et un peu désabusée que je termine mon intervention, mais je suis persuadé de ce que mon message n’en sera que mieux compris, mieux partagé et surtout que celui qui, dans deux ans, à nouveau prendra la parole en semblables circonstances, n’aura pas à tenir les mêmes propos !
Merci encore, à tous ceux –à un titre ou à un autre, en pleine lumière ou dans l’ombre, autorités politiques et administratives, mécènes privés, artistes et tant d’autres - qui ont rendu possible la matérialisation d’une telle utopie et sa permanencedans le temps et dans l’espace pendant 20 ans !
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